extraits

Dimanche 13 avril 2008

 

Adèle est une femme qui a passé presque toute sa vie en grande souffrance.

Diagnostiquée très jeune et un peu trop rapidement, schizophrène, elle tentera pendant de longues années de comprendre l’origine de son mal-être après avoir inlassablement voulut détruire cette vie qui la faisait tellement souffrir, cette vie qu’elle vomissait jour après jour...

 

Elle a rejeté tout naturellement la faute sur Mère et coupa les ponts avec sa famille pour vivre une existence triste, sans amour où elle est maintenant rejetée à son tour par son propre enfant.

 

Adèle est le seul personnage concret de ce roman avec un prénom et une identité propre, les autres intervenants, sont désignés par le  lien de parenté qui les relie à elle.

Ces personnages resteront volontairement flous, sans nom, sans représentation, portant tous le même masque inexpressif.

Ceci dans le but de bien faire ressortir la détresse et la solitude que cette femme a ressenti dès son plus jeune âge.

 

A part Fils, tous ces acteurs sont décédés, Adèle ne pourra donc rien réparer par le dialogue avec eux.

 

Adèle va comprendre peu à peu que l’amour a toujours fait défaut à toutes les femmes de sa lignée, des femmes, meurtries à la suite des deux grandes guerres du siècle dernier et détentrices  d’un terrible secret de famille, d’un non-dit dévastateur.

Elle va également se retrouver devant une horrible constatation : ces dégâts ont été communiqués à Fils, par son intervention à Elle.

 

Qui est victime ?

Qui est coupable ?

Adèle est humaine, dans un premier temps c’est la haine qui va avec un esprit de vengeance exacerbé qui va la guider

 

Lorsqu’elle en comprendra le mécanisme, elle va ,bien-sûr facilement pardonner mais la négation  qui a fermé les yeux et les oreilles des siens face à ses propres souffrances et à ses appels au secours désespérés réapparaîtra à la surface.

Quelque chose a absolument besoin de sortir de son être, de son âme…

Comme lors d’un exorcisme.

 

Une chose qu’elle va expulser, le jour de l’enterrement de Mère, un cri si longtemps contenu, sortira de sa gorge pendant qu’elle lancera une poignée de pétales de roses dans la fosse où repose son cercueil.

Un cri inattendu de tous y compris d’elle-même, entendu par toute l'assemblée et qu’elle aurait voulu bloquer, ravaler, seulement un mot : PARDON.

Le dernier mot qu’elle se serait autorisée à laisser entendre !

Pardon pour quoi ?

Pardon pour qui ?

 

Famille et proches s’en sont réjouis : de toute évidence, Adèle regrettait enfin le chagrin causé à sa sainte femme de Mère.

Ils n’ont eu aucune idée de la signification de ce mot pour la fille, ce tout petit  mot qui va la guérir, la libérer en un instant après trente cinq ans d’enfer et d’enfermement.

 

Elle comprendra que les dégâts sont considérables et seront  sans aucun doute difficilement réparables…

 

Elle a fait du mal à ses enfants de la même manière que Mère l’a fait  souffrir, cette souffrance qu’elle n’aurait jamais acceptée de  transmettre en connaissance de cause , avec le sentiment du devoir accompli, avoir fait ce qu’il fallait, ce qu’on lui avait communiqué comme repère éducatif…mais qui est bien là, ancrée à la nouvelle génération et peut-être déjà à la suivante.

 

Adèle ignorait jusque là que jamais elle ne s’était autorisée à trouver l’amour, ni auprès de Mère ni auprès des nombreux hommes de sa vie qu’elle choisissait à son image : caractériels, alcooliques, violents, sans le moindre amour, ni respect élémentaire pour son corps ou sa personne, ni même de ses enfants, qui en dépit de ses bons soins, se sont élevés seuls.

 

Mariages, divorces, veuvages jalonnèrent sa vie toujours davantage insatisfaite, les naissances également se succédèrent, ne comblant en aucun cas l’immense vide affectif qui fut le sien.

Ce gouffre sans fin de non-amour…

 

Consciente de tout ce gâchis, Adèle va peu à peu reconstituer le puzzle du mal-vivre et du mal-être de quatre générations et ainsi se donner le droit de se reconstruire.

 

Elle acceptera enfin  l’idée que la mère idéale est un mythe, un eldorado recherché en vain par chaque femme de sa lignée, ainsi que par de nombreux humains :  hommes et femmes.

 

Savoir est une chose interrompre mais rompre  la chaîne en est tout autre, saura-t-elle inverser à temps ce processus qui saccage tout sur son passage ? Lapidant les vies de tant de personnes innocentes.

 

Saura-t-elle utiliser ses découvertes pour partager l’amour qui est en elle avec ses enfants ?

Par agathe
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Vendredi 21 décembre 2007
 
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SEULE EN FORET

 

 

Agathe était une jeune femme libre et dynamique , amoureuse inconditionnelle de la nature.

Elle pratiquait chaque jour son jogging matinal sur les sentiers de sa forêt préférée.

C’est donc tout naturellement qu’elle avait choisi de consacrer ses vacances à la randonnée dans un massif forestier.

Elle avait passé des semaines à préparer minutieusement son itinéraire, pourtant ce matin-là …

 

Incapable de résister à l’appel de la découverte, elle était imprudemment sortie des chemins balisés, attirée par un jeune faon qui avait surgi devant elle et qui lui semblait-il l’invitait à la suivre.

Elle était tellement sûre de son sens de l’orientation et de sa bonne fortune qu’elle n’avait pas hésité une seconde à abandonner son itinéraire initial .

Quand Agathe se rendit compte qu’elle s’était égarée,  l'après-midi touchait à sa fin. 

Elle venait de s’apercevoir éberluée qu’elle passait pour la troisième fois devant un chêne plus que centenaire .

Sans se formaliser davantage, elle sortit de son sac banane, qui ceignait toujours sa taille lorsqu’elle était en randonnée, un paquet de gâteaux, des fruits secs ainsi que son téléphone portable.

C’était sa petite trousse de survie en quelque sorte…

Malheureusement, il n'y avait pas de réseau dans ce coin perdu, son appel ne pouvait aboutir

Elle ne pourrait donc pas demander de l’aide,  ni prévenir quiconque de sa mésaventure et comme ses proches étaient habitués à la voir disparaître et revenir sans crier gare, elle ne risquait pas de voir, de sitôt, les secours partir à sa recherche.

Il en fallait plus pour la paniquer : cette forêt déboucherait bien quelque part...

Elle avança tout droit faisant confiance à sa bonne fortune.

En marchant, elle grappilla même quelques mûres qui complétèrent agréablement son petit

goûter.

Il restait encore de l'eau dans sa gourde, la situation n'était pas totalement désespérée.

Après tout, elle n’était pas perdue dans le désert…

Après de longues minutes de marche, il lui sembla entendre le murmure d'un cours d'eau.

Elle s’en réjouit car en suivant le courant elle aura au moins un repère pour sortir de cette forêt qui était somme toute, plus vaste qu'elle ne l'avait pensé en y pénétrant.

Elle arriva très rapidement à proximité d'un petit ruisseau, qu’elle longea, le cœur plein d'espoir...

Il n’y avait plus, se réjouit-elle aucune raison de s’alarmer.

En suivant le courant, elle avait un bon repère pour s’orienter. Elle décida, à l’instinct de remonter le flux. 

Elle aboutit dans une petite clairière où inexplicablement il y avait une petite église, bien entretenue avec des fleurs semées avec goût tout autour…. Mais totalement isolée, pas un seul autre bâtiment n’avait été construit à proximité…
Par agathe
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Jeudi 20 décembre 2007

Nanie dormit mal cette nuit là, hier soir, elle allait se préparer à se mettre au lit après son émission préférée à la télévision, quand le téléphone sonna...

« A ces heures, décréta-t-elle, il doit encore s'agir d'une mauvaise nouvelle... »

C'était sa petite nièce Sylvie qui faisait des études pour devenir ingénieur agronome et qui habitait en Savoie avec son fiancé, le grand Luc...

Sylvie essaya bien de noyer le poisson derrière des banalités qui ne trompèrent  pas Nanie.

Elle la coupa immédiatement et lui demanda, sans préambule :

« Qui est mort ? »

Sylvie resta quelques secondes sans voix…

« Et bien, avoua la jeune femme, il s'agit de Jeanne !

- Jeanne, s'affola Nanie, la femme de ton oncle Noël ?

- Mais non ! Rassure-toi, elle va bien tatie Jeanne, elle est en voyage aux Baléares, depuis une semaine.

- Quelle autre Jeanne, alors, la voisine de pallier de Nanou, ta cousine ?

- En fait, avoua Sylvie , tu te souviens, de cette dame qui a si gentiment recueilli le chat de Victor, le voisin de la tante de Luc, Noémie ?... C’est elle !

- Comment ça, elle est morte mais  c'était une jeunette, à peine 75 ans quand je lui ai confié le chat de Victor l'année dernière, pour qu'il puisse finir ses jours tranquillement chez elle. Que s’est-il donc passé ?

- Elle a fait une chute sur le trottoir, deux gamins en skate-board qui l'ont renversée, fracture du crâne... Elle est morte ce matin...

- Mais que va-t-il devenir Totor ?

- Qui ça, tatie ? balbutia la jeune femme sans comprendre.

- Ben, le chat de Victor, il a bien fallu que je lui trouve un nom, lui il l'appelait  juste "le chat", moi je l'ai baptisé Totor, en mémoire de son maître !

- J'avais oublié, tatie...

Le chat, il est chez moi mais je ne sais pas quoi faire de lui car Luc est allergique !...

- Allergie, comment ça allergique ? A un pauvre chat ?…

- Il tousse, il a pleins de boutons et ses yeux pleurent tout le temps...

Je crois que je vais être forcée de l' envoyer à la SPA.

- Qui ça, Luc ? demanda Nanie incrédule.

 Tu crois vraiment que ça va le guérir, tous ces animaux à poils ?

- Mais non, pas Luc, le chat !...

Enfin Totor comme tu dis... »
Par agathe
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Mercredi 5 décembre 2007
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Un matin, à l’aube, un superbe animal blanc jaillit des flots comme si ceux-ci venaient de lui donner la vie. C’était un grand cheval immaculé avec de longues ailes sur le dos.

Il secoua les dernières gouttelettes qui mouillaient encore son pelage et s’envola, pressé de visiter son nouveau domaine.

 

Il voulait rencontrer des amis mais les habitants de la contrée étaient si minuscules que ses sabots détruisaient leurs villages et risquaient de les blesser.

 

Tristement il dut se résoudre à partir loin de ce pays merveilleux s’il voulait rencontrer des êtres à sa taille, pour jouer, s’ébattre et s’envoler dans le ciel…

 

Après de longs jours de chevauchée et de vol solitaires, il aperçut une silhouette qui broutait dans une vaste prairie. C’était une belle jument, couleur de neige, avec une longue corne sur le front.

«  Bonjour, lui dit-il, je suis si heureux de te rencontrer, j’étais si seul…

- Je m’appelle Licorne, répondit-elle avec un gracieux hennissement, j’ai été baptisée par la lune, le ciel et les étoiles. Et toi, quel est ton nom ?

- Je l’ignore répondit-il tristement, je n’ai rencontré personne depuis que les flots m’ont donné la vie…

- Je vais donc t’appeler Destrillule, car tu es un fringuant destrier élégant comme une libellule lorsque tu voles dans les airs, ce nom te plait-il ? »

Destrillule était bien trop heureux d’avoir une compagne de jeux pour répondre, il s’envola et Licorne galopa.

Le cheval ailé pouvait rester longtemps dans les airs, se laissant porter par le vent, mais Licorne se fatigua très vite et dut vite se reposer.

Tristement Destrillule revint vers elle, déçu que leur jeu finisse déjà. Il marcha à ses côtés mais ses ailes  se déployaient seules et il s’envolait, son amie était morte de fatigue à force de galoper .

«  Pars, dit la Licorne, notre amitié est impossible, tu es une créature de l’air et moi de la terre.

Trouve toi une compagne ailée comme toi… »

Une larme coula lentement le long de son museau et tomba à terre. La petite larme grossit et se transforma en un beau jeune homme.

«  Je suis le génie des amours impossibles, se présenta-t-il…

Je peux vous aider mais il vous faudra chacun faire un très gros sacrifice…

- Je renonce à mes belles ailes, décida Destrillule, sans elles je pourrai galoper près de ma belle sans m’envoler.

- Et moi dit la licorne, je t’offre ma jolie corne, ainsi je pourrai frotter ma tête contre celle de mon fringant destrier sans le blesser… »

Par agathe
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Mardi 4 décembre 2007

Disposant de quelques heures avant de préparer le repas du soir, Agathe se rendit dans la chambre de la précédente propriétaire, Ernestine Favart.

Elle ressentit immédiatement dans cet espace un trouble qui aurait fait fuir tout autre qu'elle.

Il faut dire que plus rien ne pouvait effrayer Agathe depuis les aventures qu'elle avait vécues il y a environ deux ans et  qui l'avaient conduite à se battre avec une créature démoniaque, après plusieurs aller et retour dans un étrange espace-temps.(lire Agathe sauve Marie Clotilde, même éditeur.)

Que la vie était morne pour la jeune aventurière depuis tout ce temps…

C'est vraisemblablement la véritable raison qui a conduit Agathe à se lancer dans ce vaste chantier de rénovation qui allait occuper ses longues heures de loisirs où elle s’ennuyait un peu trop.

Même les longues balades ainsi que  les randonnées qui jadis la ravissaient, ne suffisaient plus à agrémenter sa vie redevenue bien trop ordinaire.

Elle  supportait de moins en moins la routine et le traintrain quotidien...

 

La chambre de la précédente propriétaire était totalement à refaire.

Elle avait été la proie des flammes qui l’avaient en peu de temps complètement dévastée et qui avait causé la mort de son occupante il y a très longtemps.

Depuis la demeure était en vente, sans trouver d’acquéreur.

 

Elle pénétra avec une petite pointe d’anxiété dans cette pièce, meublée exclusivement d'une chaise, sans doute oubliée là par des déménageurs pressés.

Elle ressentit à nouveau des frissons désagréables descendre tout au long de sa colonne vertébrale ainsi qu’une présence négative hostile qui voulait la faire fuir.

«  Toujours là Ernestine ? ironisa-t-elle…Ne t'inquiète pas, j'aime les fantômes, on va  certainement bien s'entendre toutes les deux ... »
Par agathe
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